Accidents de requins: et si on faisait les comptes?

Accidents de requins: et si on faisait les comptes?

“The teen the shark” par Ed Garcia sous licence CC BY-SA 2.0
“The teen the shark” par Ed Garcia sous licence CC BY-SA 2.0

L’étude des interactions homme-requin ne se cantonne pas à la communication entre l’homme et les squales, mais s’efforce également d’analyser les raisons et les régions où les accidents surviennent.

Lorsqu’on parle d’attaques de requins, l’idée qui prédomine est qu’elles augmentent.

Or, l’étude “Contrairement à ce que l’on croit, le taux de morsures de requins dans le monde diminue” que nous avons publiée en février 2019 prouve le contraire.

Le taux de morsures est un ratio, un pourcentage qui compare le nombre de morsures par rapport à un dénominateur commun. Par exemple, je peux comparer le taux d’accidents sur une plage en Floride à une autre un peu plus loin en me basant sur le nombre de personnes dans l’eau. J’utilise un dénominateur commun qui me permet de réaliser des mesures valables. Si ces données ne sont pas disponibles, il me faudra trouver une autre base de référence.

La modélisation que nous avons effectuée va beaucoup plus loin (régressions, SaTScan, Jointpoint…). J’invite les curieux et les geeks, à lire l’entièreté des détails, formule et discussion aux pages 2 et 3 de notre étude.

Donc, le taux de morsures de requins dans le monde diminue? Génial, super! Faut-il vraiment s’en réjouir? Pas vraiment… Cette tendance s’explique également par une diminution du nombre de requins. Mais cette donnée est passée sous silence.

Si l’idée générale affirme que le nombre d’accidents augmente, on en déduit que les requins sont encore (trop) nombreux. Si on entend au journal ou on lit sur internet que les attaques de requins augmentent, on ne considère que l’information est vraie, ce que je peux comprendre. Qui a le temps ou l’envie d’aller creuser un peu plus loin? Personne…

Il suffit de l’un ou de l’autre accident pour que les médias instaurent une nouvelle paranoïa des requins. Si l’actualité leur fait défaut, ils en créent une de toutes pièces. La semaine passée par exemple, LCI a publié un article intitulé: “VIDÉO – un monstrueux requin préhistorique attaque un sous-marin”. Inutile de vous faire un dessin: on repart dans le fantasme du type “The Meg” qui, pour ceux qui ne l’ont pas vu, était un des grands films de l’été passé . Cet été nous réserve le film “47m plus bas, 2”, soupir…

Tous ces éléments créent un effet boule de neige qui entretient, voire augmente, la peur des requins et joue en défaveur de leur protection.

En démontrant de façon scientifique que le taux de morsures diminue dans le monde, nous espérons ouvrir les yeux du public et lutter contre les idées reçues et les raisonnements simplistes.

Restez curieux et informés!

Jean-Marc Rodelet
© Sharkschool Europe