Anatomie des attaques de requins

Anatomie des attaques de requins

C’est indéniable, des accidents avec les requins existent. Il est tout aussi indéniable que, lorsqu’ils se produisent, ils font le buzz, tous médias confondus.

Malgré cela, je constate que l’opinion change petit à petit d’avis sur ce que l’on appelle, à tort, les “attaques” de requins. Le grand public se rend graduellement compte que les probabilités de se faire mordre par un requin sont vraiment insignifiantes et que les faits relatés sont très souvent plus qu’exagérés.

Accidents provoqués et non provoqués

Mais, si les accidents existent, quelles en sont leurs causes? Sont-ils l’exception qui confirme la règle ou le résultat de malheureux concours de circonstances? Existe-t-il d’autres raisons?

Pour répondre à ces questions, il nous faut commencer par reconstruire la séquence des événements qui ont conduit à l’accident et ensuite, identifier les motivations qui ont poussé le requin à mordre.

L’International Shark Attack File (ISAF) distingue les accidents “provoqués” des “non provoqués”. Cette approche est erronée.

Si la différence entre de ces deux catégories semble évidente, leur définition n’a jamais été établie de façon distincte. Ceci a pour conséquence que les enquêteurs de l’ISAF classent les accidents, dans l’une ou l’autre catégorie, de façon arbitraire, en se basant uniquement sur le fait que la victime ait créé, ou pas, l’accident. Cette évaluation subjective remet en cause la validité scientifique des rapports qu’ils remettent.

L’ISAF explique qu’un grand nombre des accidents “non provoqués” est dû, soit au fait que la victime portait des objets scintillants, soit au fait qu’elle était nerveuse et gesticulait dans l’eau. En d’autres termes, le requin, attiré par certains stimuli, mordrait la victime et prendrait la fuite, se rendant compte de son erreur (hit and run). Cette hypothèse est contradictoire: la plupart des personnes l’ignorent, mais des objets scintillants et des gesticulations dans l’eau sont ce que l’on appelle des facteurs déclenchants qui attirent les requins. Le non provoqué devient provocation.

Une chose est certaine, aucun requin mord sans raison. Ceci implique que la victime a, d’une façon ou d’une autre, consciemment ou non, provoqué l’animal ou déclenché des stimuli qui l’attiraient.
Si l’on s’en tient à cette classification, seuls 26% des accidents seraient provoqués par l’homme.

Analyse scientifique des accidents de requins
Cela veut-il dire que les accidents non provoqués n’existent pas? La réponse est oui. Aucune attaque de requin n’est fortuite, les morsures sont toujours motivées par des facteurs externes.
En règle générale, les prédateurs ont une grande réticence à s’approcher d’objets qu’ils ne connaissent pas. Cela complexifie le sujet de l’étude des “attaques” de requins, puisque l’on sait que ces morsures ne sont pas accidentelles.
Pour être scientifiquement valable, l’analyse des accidents doit plutôt se concentrer sur les causes et les motivations qui les sous-tendent.
Une partie de nos recherches se focalise sur le sujet et pour ce faire, nous sommes les seuls à reconstituer des scénarios d’accidents avec différentes espèces pour en analyser le déroulement et les causes.

Territorialité et faim: causes d’accidents?

L’idée selon laquelle les requins défendent des territoires refait surface de façon cyclique. Cette rumeur, qui remonte aux débuts de la plongée sous-marine, est fausse. Il n’existe aucune preuve que les requins sont territoriaux et que des attaques sont causées par une défense de territoire.
La faim est-elle une motivation pour une attaque? Nos analyses médico-légales nous ont souvent montré que de nombreuses victimes de morsures multiples ne présentaient pas de perte de tissus. Nous avons également pu établir que dans la toute grande majorité des cas, aucune nourriture n’était présente dans les parages immédiats des accidents. Cela permet de sérieusement mettre en question l’idée selon laquelle la faim serait la cause d’une “attaque”.
La hiérarchie, quant à elle, peut justifier un certain nombre de morsures: le requin peut, en effet, considérer une personne comme un un objet dominant et être prêt à défendre sa position dans la hiérarchie.

Oui, mais des restes humais ont été retrouvés dans les estomacs de requins

Cela est arrivé, mais rarement. Dans ce cas il faut considérer le fait que ces requins ne se sont pas “attaqués” aux victimes pour les manger, mais qu’ils ont trouvé le cadavre de victimes d’accidents (noyade ou autres) et en ont profité pour se nourrir. C’est d’ailleurs l’une des fonctions principales des requins dans l’écosystème marin.

Qu’en est-il des naufragés qui ont succombé aux morsures de requins?
L’histoire relate certains accidents où des personnes sont mortes suite aux morsures de requins. La saga de l’USS Indianapolis en est un exemple. Quelles que soient les sources qui relatent cette histoire, les requins sont accusés de tous les maux. La tirade du capitaine Quint sur l’Indianapolis dans les “Dents de la mer” en est un exemple flagrant. Même si certains témoignages et d’autres preuves démontrent que les requins étaient présents, notre connaissance de la biologie et du comportement des requins indique qu’ils ne furent pas la raison principale des pertes tragiques qui ont décimé l’équipage. Nous en parlons en détails dans nos formations en accidentologie.