Blessures d'accouplement : preuve de viol chez les requins?

Blessures d'accouplement : preuve de viol chez les requins?

 

Lors des périodes de reproduction, on peut parfois observer des blessures d’accouplement sur le corps des femelles.

La rareté et la gravité de ces blessures (coupures et perforations profondes) indiquent que ces marques ne résultent pas d’un accouplement normal. Elles prouvent que le mâle a tenté de s’imposer par la force dans un accouplement coercitif.

La tentative d’un mâle de s’accoupler par la force, est un comportement connu chez de nombreuses espèces animales.

Les sélaciens (requins, raies et chimères) sont la seule classe de vertébrés chez qui ce comportement n’a pas encore été décrit. Les blessures et les cicatrices d’accouplement, que l’on peut observer sur le corps des femelles lors des périodes de reproduction, sont des indicateurs potentiels de l’existence d’un tel comportement.

Bien qu’elles pourraient également résulter de morsures précopulatoires, déjà observées dans les années ‘60, ces marques n’ont jamais fait l’objet d’une recherche spécifique sur l’accouplement coercitif.

Chez de nombreuses espèces de requins, le mâle utilise sa mâchoire pour s’agripper à la femelle et trouver la position idéale pour la copulation (zone des branchies ou des nageoires pectorales). Il tente de maintenir la femelle au sol ou de se cramponner à elle pour aligner un de ses ptérygopodes à la cloaque et la pénétrer.

Une blessure lors de l’accouplement peut affecter les performances physiques de la femelle de façon temporaire ou permanente. Du point de vue de l’évolution, il n’y a aucun avantage pour un mâle à donner son sperme à une femelle dont les chances de survie seraient amoindries. Surtout si l’on sait qu’une fois l’accouplement terminé, le mâle ne la protégera pas pendant son processus de guérison.

Mais alors, pourquoi, en de rares occasions, le mâle inflige-t-il des blessures telles qu’elles peuvent mettre la vie de la femelle en danger?

La réponse la plus plausible est que la femelle était réticente et que ses blessures résultent d’une tentative d’accouplement coercitif, autrement dit d’une tentative de viol.

Nous avons publié cette étude en septembre 2018. Lire l’étude

 

Jean-Marc Rodelet
© Sharkschool Europe