Ce n’est pas le requin qui nous fait peur, mais…

Ce n’est pas le requin qui nous fait peur, mais…

Sélachophobie, la peur des requins – ©Ramon-Carretero (Dreamstime.com)

Chaque été, des millions de personnes se dirigent vers les plages. La majorité d’entre elles partagent une même appréhension: que faire si un requin apparaît?

Si l’on regarde le nombre annuel d’accidents dus aux requins dans le monde, la peur des requins a de quoi surprendre. Comment expliquer cette peur viscérale?

Mon collègue, le docteur Erich Ritter, est considéré comme le scientifique de référence mondiale et le pionnier dans le domaine de la recherche appliquée sur l’interaction homme-requin. Sous sa direction, le centre de recherche scientifique Sharkschool s’est donné pour mission d’informer les autorités, les scientifiques, les sauveteurs, les plongeurs, les surfeurs, le grand public, et bien d’autres encore, sur les tenants et les aboutissants des relations entre les hommes et les squales.

Cette mission nous semble fondamentale, car la peur de l’homme engendre des conséquences catastrophiques, voire irréversibles, pour de nombreuses espèces de requins: les océans du globe ne comptent plus que 5.000 grands requins blancs et d’autres espèces sont en train de subir le même sort.

L’homme tue entre 70 et 100 millions de requins par an. Pourquoi de tels massacres continuent-ils de se produire? La réponse est simple: en matière de protection animale, la peur dicte souvent le choix des espèces que nous préférons protéger et les requins se situent bien loin dans la liste.

Nous sommes convaincus montrer la vraie nature des requins est le meilleur moyen de déconstruire l’image négative qu’ils occupent dans notre inconscient culturel. Rencontrer les requins en pleine eau et savoir comment (ré)agir face à eux contribue grandement à la compréhension et à la protection de ces seigneurs des mers.

Le requin, ce prédateur
Les requins ne chassent pas l’homme, mais les proies qu’ils connaissent. En tant que grands ou super prédateurs, ils contrôlent l’équilibre des chaînes alimentaires qui leur sont subordonnées et nous n’en faisons pas partie. Les requins ignorent ce qu’est l’homme et n’ont jamais développé d’image de recherche qui lui est propre. Par conséquent, l’exploration est la motivation principale des 80 à 100 morsures annuelles dans le monde. Dans plus de 80% des cas, le requin cherche à interpréter ce qu’il voit, mais ne comprend pas.

Comparés aux milliards de personnes qui accèdent à la mer chaque année, les 5 à 7 accidents mortels dus aux requins ne suffisent pas à justifier cette peur.

Mais alors, pourquoi avons-nous si peur des requins?

La situation nous fait plus peur que le requin
Ce n’est pas le requin qui nous fait peur, mais plutôt le fait de ne pas être maîtres de la situation, ne pas comprendre l’intention de l’animal, ne pas comprendre son langage du corps, ne pas savoir comment interpréter son approche et comment y répondre de façon adéquate.

Le requin suscite également chez l’homme, animal terrestre, un grand nombre de peurs annexes liées au milieu dans lequel il évolue: la peur de se noyer, la peur de ne pouvoir s’échapper, la peur de ne pas voir quelque chose qui s’approche de l’obscurité juste en dessous de nous…

À quoi sont dus les accidents?
Les analyses médico-légales que nous effectuons et les reconstitutions d’accidents auxquelles nous procédons (nous sommes le seul centre de recherche à le faire) nous permettent d’affirmer que ce sont les sons arythmiques qui attirent le plus les requins.

Éclabousser à la surface ou s’agiter dans l’eau produit des vibrations qui ressemblent à celles produites par une proie en difficulté. Mais ce n’est pas tout: le plongeur qui frappe sur sa bouteille pour attirer l’attention, l’autre qui utilise un avertisseur sonore (shaker…), le moteur du bateau qui tourne au ralenti ou encore les vibrations générées par la chaîne de l’ancre d’un bateau ou d’une bouée, sont autant d’éléments qui peuvent attirer les requins.

Que faire alors si un requin s’approche?
Avant tout, placez-vous lentement dans une position verticale, sans vous agiter. Si vous vous trouvez dans une eau peu profonde, restez debout et immobile. Ne vous enfuyez surtout pas! Si vous êtes en eau profonde, laissez tomber vos jambes et effectuez un léger mouvement de brasse sous la surface pour vous maintenir à niveau. Gardez vos bras et vos mains près du corps et ne cherchez pas à vous enfuir. Moins vous bougez, moins vous produisez de vibrations, moins vous attirez le requin.

Si le requin commence à tourner autour de vous, tournez en même temps que lui pour ne pas le perdre des yeux et continuer à lui faire face.

Mon collègue Erich Ritter a prouvé scientifiquement que les requins comprennent la position du corps d’une personne, son orientation (avant/arrière) et qu’ils réagissent au contact visuel, même si les yeux de la personne qui les observe se trouvent en dehors de l’eau. Si vous perdez le requin des yeux, gardez votre position verticale, continuez à tourner sur vous-même et restez où vous êtes. Si le requin est resté dans les parages, vous finirez par le retrouver.

Tôt ou tard, il sera temps de vous éloigner du requin. Voici comment procéder:

– Si vous n’avez plus vu le requin depuis quelques minutes, nagez doucement vers le rivage ou vers le bateau. Arrêtez-vous régulièrement, après quelques mouvements, replacez-vous à la verticale, tournez sur vous-même ensuite, continuez.
– Si le requin est encore présent, ne bougez que si le requin ne se déplace pas dans votre direction. Continuez à le tenir à l’oeil. Dès qu’il se tourne vers vous, replacez-vous à la verticale et maintenez le contact visuel.
– Si le requin s’approche très près de vous (longueur inférieure à celle d’un bras tendu), repoussez-le doucement. Le requin ne mordra pas une main qu’il voit bouger lentement vers lui. Ne le touchez jamais près des yeux ou de la gueule.
– S’il revient vers vous et qu’il vous semble plus nerveux, n’hésitez pas, nagez vers lui. Le requin est encore en train de vous évaluer. Vous diriger vers lui sera très efficace pour le dissuader de continuer.
– S’il persévère, malgré tout, essayez de toucher ou de projeter de l’eau vers ses branchies. Cela implique que vous soyez près de l’animal.

En résumé: placez-vous à la verticale, tournez sur vous-même pour maintenir le contact visuel, bougez vers le requin si vous vous sentez menacés. Si le requin continue à s’approcher, touchez ou envoyez de l’eau vers ses branchies.

J’ai déjà détaillé ses procédures dans deux posts précédents, mais je pense qu’un rappel en cette période estivale est le bienvenu.

Jean-Marc Rodelet
© Sharkschool Europe