Influence des sens sur le comportement

Ancienne illustration de l'anatomie d'un requin

Influence des sens des requins sur leur comportement

La façon dont les requins perçoivent leur environnement influence directement leur comportement.

Cette page a pour objectif de décrire, de façon succincte, la biologie sensorielle des squales.

Pour comprendre l’interaction homme-requin, il est essentiel de connaître la façon dont les requins perçoivent leur environnement.

La description des organes sensoriels que nous vous proposons n’est pas exhaustive. Elle se focalise sur la façon dont les requins utilisent leurs sens quand ils rencontrent l’homme.

L’ouïe

Avec l’odorat, l’ouïe est probablement le premier sens auquel le requin se réfère pour percevoir les stimuli de loin.

Le requin possède deux oreilles internes, situées sur le dessus du crâne. Les orifices sont si petits qu’on ne peut les apercevoir qu’à une distance d’environ 40 à 50 cm de la tête de l’animal.

Comme pour l’homme, cet organe sensoriel exerce plusieurs fonctions. En plus de l’audition, les oreilles du requin lui permettent de maintenir son équilibre et de sentir sa vitesse de déplacement.

Les squales perçoivent les vibrations de basse fréquence, comprises entre 10 et 800Hz, ou oscillations par seconde. Par comparaison, l’homme distingue les fréquences comprises entre 25 et 16.000Hz. Les requins sont particulièrement sensibles aux vibrations irrégulières, inférieures à 80Hz, généralement émises par des proies en difficulté.

Les oreilles internes du requin lui permettent également d’identifier la direction du son qu’il perçoit. C’est très important pour ce prédateur dont les proies ne sont généralement identifiables que par les sons qu’elles produisent.

L’ouïe joue un rôle très important dans l’interaction homme-requin. Tout mouvement dans l’eau produit des sons. Il est donc recommandé d’en produire le moins possible en ne bougeant pour ainsi dire pas en présence d’un requin.

Odorat et goût

Beaucoup d’articles sur le l’ouïe des requins ont tendance à la comparer celle d’autres animaux. Ça n’a aucun sens (pardonnez le jeu de mots).

Chaque espèce développe les sens qui lui sont nécessaires pour assurer sa survie dans le milieu naturel qui est le sien. Les requins ont développé un odorat qui leur est propre, parfaitement adapté à leur environnement et à leurs besoins.

Les requins peuvent sentir les odeurs de deux façons: certaines espèces, comme le requin-nourrice, sont capables de percevoir les variations de concentration de l’odeur sans bouger. Ils remontent alors la source de l’odeur jusqu’à son origine. D’autres espèces, comme le requin-tigre ou le requin-bouledogue par exemple, ont besoin du courant pour localiser leurs proies. Lorsqu’ils identifient une trace odorante (particules en mouvement), ils remontent le courant vers leur cible.

Si l’odorat permet aux requins d’identifier les odeurs, ce sont les papilles gustatives qui leur fournissent l’information du goût. Le rôle des papilles est déterminant dans les accidents de requins. Elles permettent à l’animal d’obtenir des informations essentielles sur l’objet qu’ils investiguent en le mordant (morsure exploratoire).

Nous ne savons pas si les requins sont capables de distinguer le goût acide, sucré, amer ou salé.

L’odeur joue un rôle déterminant dans les accidents avec les requins. En effet, le risque de morsure augmente pour les personnes qui évolueraient, malencontreusement, dans un couloir odorant généré par une proie blessée ou des activités de pêche.

Vue

Les yeux des requins ont des points communs avec ceux de l’homme: la taille de leur pupille varie avec la lumière, ils possèdent des cônes et des bâtonnets et leur couleur varie entre les espèces.

Il existe également des différences notoires: pour faire le point, leur cristallin bouge d’avant en arrière au lieu de modifier sa courbure. L’oeil du requin est également capable d’amplifier une faible quantité de lumière pour garantir une très bonne vue dans des conditions de faible luminosité. C’est pour cela qu’ils voient très bien au crépuscule.

A faible distance, la vision est un des sens principaux utilisés par le requin. Le squale qui s’intéresse à un objet garde le contact visuel en roulant de l’oeil. L’oeil bouge de façon très marquée vers l’avant ou l’arrière pour se focaliser sur ce qui l’intéresse et n’accompagne plus le mouvement oscillatoire de sa tête, dû à la nage.

Lorsqu’il n’est plus capable de maintenir le contact visuel, le requin bouge la tête et modifie sa trajectoire et continuer à inspecter l’objet qui l’intéresse.

La vision binoculaire est un mode de vision dans lequel les deux yeux sont utilisés simultanément. Les deux champs de vision se chevauchent et donnent à l’animal une image tridimensionnelle.

La vision binoculaire est un mode de vision dans lequel les deux yeux sont utilisés simultanément. Les deux champs de vision se chevauchent et donnent à l’animal une image tridimensionnelle.

Dans la plupart des interactions, l’homme se situe aux limites de la vision binoculaire du requin. S’il voulait garder le plongeur au centre de champ de vision tridimensionnel, le requin serait obligé d’adopter une approche frontale, ce qui rarement le cas. En effet, une telle approche empêche le squale de garder un oeil sur ses issues de secours potentielles, ce qui n’a pas de sens lorsqu’il approche un objet inconnu pour la première fois.

C’est pour cela que les requins approchent généralement l’homme de côté et l’observent d’un seul oeil.

Une modification de cette trajectoire pour une approche frontale signifie que la curiosité du requin est attisée et que l’interaction se développe et va se modifier.

Mécanoréception

Un requin qui passe près d’un objet (2 à 3 fois la longueur de son corps) peut détecter les déplacements d’eau qu’elle génère.

Plusieurs organes sensoriels lui permettent de percevoir les variations de pression. Ils possèdent un système de lignes latérales auquel s’ajoutent les cryptes sensorielles. Ces dernières sont de récepteurs, distribués sur l’ensemble du corps, qui permettent au requin d’apprécier son déplacement dans le milieu marin ambiant, la température de l’eau, l’effet et le sens du courant, la profondeur à laquelle il évolue. Leur nombre et leur répartition varient selon les espèces. On les trouve principalement sur le dos, à proximité de la ligne latérale, sur la queue, entre les nageoires pectorales et même en dessous de la tête.

Si nous connaissons l’anatomie de ces organes, nous ignorons encore comment les requins interprètent les signaux qu’ils envoient. Perçoivent-ils simplement les variations de pression? Sont-ils capables de se créer une “carte de pression” qui leur indique la taille et la forme de l’objet qu’ils inspectent? Peut-être les requins sont-ils capables d’envoyer de l’eau vers l’objet qu’ils inspectent et en recevoir l’écho, comme un sonar.

L’organe spiraculaire et les vésicules de Savi viennent compléter la panoplie des organes m mécanorécepteurs du requin. Le rôle de l’organe spiraculaire reste encore assez mystérieux aujourd’hui. Il permettrait le réalignement des mâchoires après morsure et serait responsable du comportement que l’on appelle “bâillement”. Les vésicules de Savi permettraient la détection de vibration sur le fond.

Électroréception et perception de la chaleur

Chaque mouvement, chaque contraction musculaire, provoque des décharges électriques dans le corps. Un requin qui se trouve relativement près d’un être vivant peut en percevoir la bioélectricité. Ces champs électriques sont de très faible intensité. Pour pouvoir les percevoir, le requin doit se trouver à quelques centimètres seulement de l’objet qu’il inspecte, dans son cercle intérieur.

Les organes qui lui permettent de percevoir ces champs électriques sont les ampoules de Lorenzini. Il s’agit de pores remplis d’une matière gélatineuse capable sensible aux champs électromagnétiques. Leur densité est très importante sur le museau du requin. On en trouve, éparpillés, autour des yeux et de la bouche. Ces organes peuvent détecter des charges de l’ordre du microvolt.

Gros plan sur les ampoules de Lorenzini d'un requin taupe commun (Lamna nasus). Ces pores, remplis d'une gélatine sensibles aux champs électro magnétiques pemet au requin de localiser ses proies.

Les recherches ont montré que les ampoules de Lorenzini peuvent également percevoir les variations de température. Cela a du sens. À l’exception de certaines espèces de thons et de requins et des mammifères, la température des organismes marins est sensiblement la même que celle de l’eau environnante. Leurs mouvements produisent de la chaleur dès qu’ils bougent. Cette chaleur est émise dans l’eau environnante et le requin peut la percevoir.

Pression et touché

Il n’est pas rare que les requins heurtent un objet ou une proie potentielle avec leur museau (bump) ou se frottent à celui-ci lors d’un passage. Les statistiques recensent ces comportements comme des attaques.

Un requin tigre effectue un bump pour inspecter un objet et obtenir davantage d'informations.

Il semble évident que ces façons de toucher un objet permettent au requin de l’évaluer. Le corps des requins est parsemé de cellules qui réagissent si leur peau se tend ou si l’on y applique une pression quelconque.

Angle mort

Avec l’arsenal sensoriel dont il dispose, il semble qu’ils puissent percevoir et analyser tous les stimuli et l’objet qui les entoure. Cependant, il existe des angles morts qui varient en fonction des espèces.

Les requins-marteau, par exemple, s’approchent souvent de leurs congénères par l’arrière, sans se faire remarquer et frappent ensuite la base de la queue. Si nous ne connaissons pas encore la signification exacte de ce comportement (jeu ou hiérarchie) , nous pouvons en déduire que les requins-marteau ont du mal à percevoir ce qui s’approche par l’arrière ou le dessus.

Nos observations nous ont permis de constater le même genre d’angle mort chez les requins de récif des caraïbes (Carcharhinus perezi) et les chez les requins bordés (Carcharhinus limbatus). Il nous arrive souvent de pouvoir nous approcher de ces espèces de très près et d’être remarqués au dernier moment, lorsque nous pénétrons dans leurs champs de vision.

Les requins, ou au moins les requins-bouledogue, les grands blancs ou les citrons, avec lesquels nous travaillons, semblent avoir un angle mort en forme d’entonnoir vers l’arrière de leur corps. Il semble commencer au début de la deuxième nageoire dorsale et s’amplifier derrière la queue.

Cela signifie-t-il que les organes sensoriels des requins fonctionnent uniquement vers l’avant et les côtés? Cela veut-il dire que d’autres organes, peut-être efficaces dans ces zones, ont été atrophiés? Ou qu’il n’en a jamais existé?

Nous pensons que les requins, au cours de leur évolution, n’ont jamais éprouvé la nécessité de sentir ce qui s’approchait d’eux par le dessus ou par l’arrière. Si cela avait été le cas, leurs organes sensoriels ce seraient adaptés. Les cryptes sensorielles et la ligne latérale auraient également fonctionné vers l’arrière.