Le problème de la Réunion

Le problème de la Réunion

Panneau danger requin sur l’île de la Réunion – ©Wikimedia Commons

Ce que l’on nomme la “crise requin” a fait couler beaucoup d’encre. Un nombre incalculable de reportages, d’interviews, de documentaires, d’études, de livres, de débats et d’articles y ont été consacrés. Nous espérons apporter, par ces quelques lignes, un nouvel éclairage sur la problématique.

Cela fait neuf ans que l’île de la Réunion est victime d’une recrudescence d’accidents de requins (27 accidents dont 11 mortels depuis le 19 février 2011).

Les autorités ont réagi en prohibant la baignade et les sports nautiques. Si cette réaction est compréhensible à court terme, le fait qu’elle soit systématiquement prolongée démontre que les autorités gèrent la situation sans comprendre ce qu’il se passe et sans vouloir trouver une solution au problème.

Stupeur, incompréhension, colère, peur, révolte, polarisation des opinions, la population locale tente de comprendre d’autant plus que cette inaction a des répercussions directes sur l’économie, le tourisme et le moral des habitants pour qui la mer et le surf en particulier font partie intégrante de leur mode de vie.

Jusqu’à présent, la recherche subventionnée n’a fourni aucune piste exploitable pour expliquer les raisons de cette situation. Elle s’est cantonnée à recenser les populations des deux espèces de requins “incriminées” et à observer leurs modes de déplacements le long des côtes de l’île.

Beaucoup d’hypothèses ont vu le jour: ferme aquacole, requins déviants, usine d’équarrissage de poissons, rejet d’eaux usées, etc. jusqu’à ce qu’on pointe du doigt la réserve marine comme seule responsable de la situation. Les pêches punitives fleurissent ça et là jusqu’à l’instauration d’une pêche préventive et de “prélèvements” systématiques pour calmer l’ardeur d’une partie de la population qui demande la reprise de l’exploitation commerciale des requins-bouledogue et des tigres.

Trouver les raisons à l’origine du problème ne signifie pas pour autant le faire disparaître, MAIS cela permettrait certainement de trouver des solutions pour une reprise, même partielle, de la baignade et des activités nautiques.

Alors que faire?

Passer d’une analyse statistique à une analyse comportementale.

La solution consiste une comparaison entre les comportements de nage et d’approche des espèces concernées aux endroits où les accidents ont eu lieu et aux endroits épargnés par les “attaques”.

Cette analyse comparative permettrait d’identifier les raisons de ces changements comportementaux, nous en sommes persuadés.

Pour mener cette étude à terme, il est fondamental de faire appel à des experts qui côtoient les requins en permanence, et ce dans toutes les eaux du globe. Le comportement d’un requin-bouledogue aux îles Fidji n’est pas le même qu’aux Bahamas et diffère de celui de ses congénères en Afrique du Sud. Quelqu’un sans cette expérience serait incapable de percevoir des subtilités qui pourraient s’avérer essentielles à la compréhension du problème.

On pourrait nous rétorquer que les premiers accidents datent d’il y a neuf ans, qu’il ne s’agit plus des mêmes requins et que les conditions environnementales ont changé. Peut-être, mais nous estimons que ces changements, s’il y en a, sont minimes et sommes persuadés de retrouver les mêmes facteurs à l’origine des premières morsures.

Bien que nous ayons une idée de ce qui se passe, nous avons besoin de plonger sur place avant de pouvoir l’annoncer publiquement. Mais voilà, même en tant que scientifiques, nous ne parvenons pas à obtenir le permis de plonger dans les eaux réunionnaises. C’est le serpent qui se mord la queue…

La Réunion a statistiquement le nombre d’accidents mortels le plus élevé au monde. Mais les accidents mortels ne révèlent pas beaucoup d’indices sur le comportement des requins. Ils nous renseignent davantage sur leur taille, sur les zones du corps qu’ils mordent, sur le type d’activités pratiqué par les victimes et sur le comportement des sauveteurs. Ce dernier point peut être résolu très rapidement.

L’île de la Réunion n’est cependant pas un cas isolé. D’autres endroits, comme la Floride par exemple, sont confrontés à un nombre de morsures élevé qu’il serait pourtant facile de faire diminuer.

Tant que les autorités réunionnaises interdiront la baignade et le surf, on continuera à rendre les requins responsables de la situation. C’est un peu facile d’accuser une espèce animale du déclin économique et touristique d’un endroit, quel qu’il soit. Ce n’est pas les requins qu’il faut blâmer, mais bien la réticence des responsables à tout mettre en oeuvre pour identifier les vraies causes du problème et à apporter des solutions efficaces et durables.

Nous aimerions contribuer à la solution, mais tant que les eaux nous sont interdites, nous ne pouvons rien faire.

Cela nous frustre énormément, car tant que le problème persiste, l’image spielbergienne du requin mangeur d’hommes continue à se répandre. Image alimentée en permanence par la propagande de certaines associations locales qui ne reculent devant aucun mensonge pour manipuler l’opinion publique et aggraver le problème au lieu de tenter d’apporter des solutions.

 

Jean-Marc Rodelet
© Sharkschool Europe 

Cet avis est celui de Sharkschool. Toute “inspiration” qui ne ferait pas référence à Sharkschool ne serait que pur plagiat.