Les accidents de requins ne sont pas des erreurs

Les accidents de requins ne sont pas des erreurs

Un gand requin blanc s’apprête à mordre © https://www.imdb.com/title/tt3097686/?ref_=vi_md_po

Les organismes qui se développent dans un même environnement sont capables de se reconnaître entre eux. Dans la longue histoire de l’évolution, les animaux ont également appris à adapter leurs comportements les uns par rapport aux autres.

Les poissons, les otaries, les dauphins et les autres animaux marins, réagissent chacun d’une façon spécifique à la présence des requins, et vice versa.

L’homme reste une grande inconnue pour le requin. Le fait que l’animal réagisse à sa présence ne signifie pas pour autant qu’il comprend ce qu’il voit. Le requin fera alors appel à tous ses sens pour analyser cet objet inconnu qu’il rencontre dans son environnement.

Les accidents ne sont pas des erreurs

Lorsqu’un accident survient avec un surfeur, l’erreur d’identification est l’explication la plus souvent évoquée. En d’autres termes, on part du principe que le requin a confondu le surfeur avec une otarie. Cette théorie prévaut depuis des années, car, du point de vue de l’homme, elle semble tellement plausible et confirme aisément l’idée selon laquelle les requins seraient des stupides machines à dévorer. D’un point de vue critique, cette explication n’est qu’une solution de facilité.

Si nous utilisons les critères de base qui définissent l’intelligence comme l’apprentissage, la mémoire ou la réaction à des situations inconnues, les requins se hissent en haut du classement des espèces animales. Si nous rajoutons le lien entre le poids du cerveau et le poids du corps, les requins peuvent être comparés à de nombreux mammifères, un taxon auquel nous appartenons.

L’évolution des requins a commencé il y a environ 400 millions d’années et se trouve à son apogée dans les espèces que nous côtoyons aujourd’hui. Ils ont survécu à de nombreux aléas et à plusieurs extinctions de masse. Tout au long de leur longue histoire, les requins ont appris à évoluer avec de nombreuses autres espèces (les otaries sont apparues il y a 25 millions d’années). Il est, dès lors, plus qu’improbable qu’ils aient pu baser leurs stratégies de chasse sur l’erreur. Si cela avait été le cas, ils se seraient éteints il y a très longtemps et n’auraient représenté qu’un caprice de la nature.

L’anthropocentrisme nous induit, le plus souvent en erreur et nous pousse à croire à des hypothèses qui sont fausses. Le fait que l’homme tente d’expliquer une situation de son point de vue est compréhensible, mais, du point de vue de l’écologie comportementale, cette approche est plus que risquée.

L’homme utilise principalement la vue pour interpréter son environnement. C’est pour cela que nous tendons à expliquer une attaque de surfeur en nous basant sur ce que voit le requin. Mais les requins utilisent beaucoup d’autres sens pour analyser ce type de rencontre et il faut en tenir compte lorsqu’on analyse les accidents. Les requins ne mordent pas par erreur et une morsure n’est jamais provoquée parce que le requin confond un plongeur avec une otarie. Mais il est vrai qu’un requin peut mordre un objet inconnu pour obtenir des informations supplémentaires avec ses papilles gustatives. Les morsures d’investigation représentent environ 85% de la totalité des morsures.

Les surfeurs représentent quelque chose de tout à fait nouveau pour les grands requins blancs. Si la théorie de l’erreur d’identification était exacte, chaque rencontre devrait se solder par une morsure et les plages seraient jonchées de planches de surf mordillées. Comment expliquer qu’au niveau mondial, seuls quelques surfeurs se font mordre par les requins?

L’évolution a façonné les requins en chasseurs hors pair. L’inconnu représente toujours un danger potentiel et se traduit par un risque, même pour les requins. Par conséquent, approcher ou mordre un objet inconnu est et reste l’exception à la règle.

Le sang – un déclencheur d’attaques de requins?

Pour la plupart des gens, du “sang dans l’eau” déclenche automatiquement une attaque de requin. Cela mérite une investigation plus poussée.

Le sang de chaque animal a ses propres spécificités. Il se compose de protéines plasmatiques, d’ions, de solutés organiques, de déchets métaboliques comme l’urée pour n’en citer quelques-uns. Malgré son odorat surdéveloppé, plus sensible aux protéines qu’aux sucres, le requin ne peut qu’identifier la composition sanguine d’animaux qu’il connaît déjà. Même si certains composants du sang humain peuvent lui sembler familiers, le requin sait que ce qu’il “sent” lui est étranger et s’il décide de s’approcher, il le fera toujours avec beaucoup de prudence.

Tout comme la théorie de l’erreur d’identification, la présence de sang humain dans l’eau fait partie des idées reçues qui n’ont jamais été remises en cause par les médias.