Les répulsifs contre les requins sont des gadgets inefficaces

Les répulsifs contre les requins sont des gadgets inefficaces

Spray anti-requin. Efficace? © Scott Derby (Etsy)

Le nombre de répulsifs contre les requins est complètement disproportionné par rapport à celui des accidents.

Ces produits utilisent l’électricité, l’olfaction, la vision ou encore le son pour, soit-disant, perturber les sens des requins. Force est de constater ces dispositifs sont, dans la grande majorité, des gadgets inefficaces.

Mais alors, pourquoi continuer à les vendre? La réponse est simple: la peur fait vendre.

Certains produits utilisent l’électricité pour perturber les ampoules de Lorenzini, ces pores situés sur le museau du requin, qui lui permettent de percevoir les champs bioélectriques. Ce dispositif se base sur l’idée qu’un champ électrique assez puissant peut perturber ces organes sensoriels et repousser un requin qui s’approche.

Il est vrai qu’un courant assez fort peut fonctionner. Mais, pour être vraiment efficace, il faut équiper ces appareils de batteries puissantes, d’une taille similaire à celles des voitures. C’est pour cela que cette solution n’a jamais eu de succès.

Que dire alors des gadgets basés sur le même principe? La réduction de leur taille entraîne une diminution de leur puissance et les rend tout à fait inefficaces.

Les bracelets composés d’aimants que l’on porte à la cheville sont tout aussi inopérants et n’ont pas empêché certaines personnes qui les portaient de se faire mordre. Néanmoins, ils sont toujours en vente.

Les répulsifs biochimiques sont moins efficaces que les électriques. Le produit le plus connu est le fameux “Shark Chaser”, utilisé par l’armée américaine pendant et après la Deuxième Guerre mondiale. Le principe était simple: en présence de requins, le soldat devait déchirer une poche (Shark Chaser) qui contenait un produit irritant pour le squale. Ce produit camouflait également le soldat dans un nuage sombre qui, selon le fabricant, ne se diluait qu’après deux heures.

Vous vous en doutez, la réalité était toute autre et il ne fallut pas longtemps à l’armée américaine pour abandonner cette solution.

Le Shark spray, une mousse en aérosol, contient des molécules odorantes de requins en décomposition. L’idée de base semble logique: les requins évitent les zones où l’on trouve des requins morts. Mais pourquoi un requin, qui sentirait cette odeur provenant d’un objet qu’il ne connaît pas et qui l’intrigue, devrait-il se comporter de la même façon? De plus, tout produit qui se répand dans l’eau suit les courants. Que se passe-t-il si les requins s’approchent à contre-courant?

La troisième catégorie de répulsifs sont visuels. On y trouve des combinaisons, des maillots, des planches de surfs et même des petits bateaux parés de patchworks colorés, censés maintenir les requins à distance. Ces répulsif visuels se basent sur deux principes: l’information ou le camouflage. D’une part des bandes noires et blanches imitent la peau de serpents de mer particulièrement venimeux et informent sur sa dangerosité, d’autre part les patchworks troublent la vue du requin et protègent l’homme en le camouflant.

Malgré ce que prétendent leurs constructeurs, aucun de ces gadgets n’a été testé en situation réelle avec des requins. De telles expériences prouveraient de facto l’inefficacité de ces produits. De plus, seules des mises en situations réelles avec toutes les espèces potentiellement impliquées dans des accidents permettraient d’annoncer la fiabilité de tels produits répulsifs. Nous en sommes très loin.

Qu’en est-il des répulsifs sonores? Certains inventeurs sont partis du principe que, pour repousser les requins, il suffisait de simuler le bruit des orques. Ces baleines génèrent des sons pour naviguer et communiquer. Pour cela elles émettent des sifflements et des cliquetis. Si les requins peuvent entendre certains sons de basses fréquences, ils sont incapables de capter la majorité du spectre sonore émis par les orques. L’expérience prouve en outre que ces bruits n’ont qu’un effet répulsif temporaire.

Le problème de toutes ces idées c’est qu’elles ne tiennent compte, ni de l’intelligence du requin, ni de son comportement face à un objet inconnu. Tout ce que ces gadgets peuvent offrir c’est une (fausse) impression de sécurité.

Tout acheteur potentiel de ces solutions devrait d’abord essayer de comprendre ce qui peut déclencher une morsure en de rares occasions. Il devrait apprendre à évaluer une situation en présence d’un requin et savoir comment réagir de façon appropriée (voir “Comment se comporter face à un requin” du 4 avril 2019 et “Quitter une situation potentiellement dangereuse avec un requin, comment procéder?” du 11 avril 2019).

Le meilleur répulsif est et reste la connaissance.

 

Jean-Marc Rodelet
© Sharkschool Europe