Qu'est-ce qui pousse les requins à mordre?

Qu'est-ce qui pousse les requins à mordre?

Panneaux informants les nageurs de la présence de requins près des plages en Australie. ©C9NEWS

Oui, c’est indéniable, en de rares occasions, les requins mordent l’homme. Mais quelles sont leurs motivations? Pourquoi le font-ils?

Je constate, particulièrement ces derniers jours, que certains n’ont aucun scrupule à surfer sur la vague des attaques de requins pour attiser la haine et la peur. Sans aucun scrupule, ces démagogues avancent des arguments fallacieux, des raisonnements biaisés, des accusations infondées et des solutions simplistes à des problématiques complexes. S’ils sont les premiers à fustiger les scientifiques, ils n’hésitent pas à utiliser des études et des statistiques pour essayer de légitimer leurs conjectures.

Je comprends tout à fait la peur que de tels événements peuvent créer mais je ne pense pas que la démagogie et les fausses informations soient une solution au problème.

Je comprends tout à fait les frustrations que de tels événements peuvent générer mais je ne pense pas que la propagande et la violence (verbale voire physique) puissent faire avancer le débat d’un seul iota.

Aujourd’hui, l’exacerbation des positions est telle que la discussion est impossible. La problématique s’enlise toujours plus dans l’impasse et le combat.

Les attaques de requins se sont politisées.

L’étude des accidents de requins est un des piliers de la recherche que nous menons. Sharkschool est le seul centre de recherche qui reproduit les situations qui peuvent mener aux morsures et en analyse les causes.

La curiosité, la compétition, le stress et la provocation sont les déclencheurs principaux des morsures de requins. Chaque motivation présente une typologie de morsure particulière. Cependant, les morsures dues au stress et à la provocation se ressemblent car dans ces deux cas, il s’agit d’une réaction de défense de la part de l’animal.

La faim n’est pas une force qui pousse un requin à mordre.

Le fait que des restes humains aient été trouvés dans le contenu stomacal de certains requins s’explique de deux façons:

– un requin de grande taille peut avaler une main où un pied lorsqu’il maintient une pression forte et prolongée sur le membre d’une victime. Pour se libérer, celle-ci aura souvent le réflexe de tirer violemment dans le sens opposé ce qui peut conduire à une mutilation;

– un requin peut investiguer un cadavre dont les membres sont déjà abimés et se détachent facilement.

Affirmer qu’un requin mord une personne parce qu’il est affamé est donc incorrect.

Parlons cette semaine de la curiosité.

L’une des principales motivations d’un prédateur est d’explorer ce qu’il ne connaît ou ne comprend pas. Les appareils photo, les objectifs en dôme ou encore les flashs, font fréquemment l’objet d’inspections de la part du requin. Au-delà du matériel (et bien qu’à ce stade, les raisons qui poussent les requins à mordre un appareil photo ou à cogner un flash restent encore inconnues), les activités pratiquées par l’homme et son état de stress (stress, peur, panique) sont autant de facteurs qui suscitent l’intérêt chez le squale.

Notre nervosité se traduit par des mouvements erratiques qui génèrent à leur tour des sons irréguliers qui intriguent le requin. Plus nous sommes nerveux, plus nous devenons intéressants. L’intensité de la curiosité influencera la vitesse et la distance d’approche du requin qui dépassera souvent son cercle intérieur.

De telles approches sont souvent accompagnées d’un abaissement des nageoires pectorales (ce qui n’est pas un signe d’agressivité!) et d’autres approches suivront. Malgré des approches assez directes, la plupart du temps il est possible d’effectuer un retrait contrôlé (mouvements lents et maîtrisés), avant que n’arrive une morsure exploratoire, que le requin frôle ou cogne la personne (bump).

Les morsure exploratoires servent à satisfaire la curiosité de l’animal. Le requin saisit et tient l’objet, plus qu’il ne le mord. L’animal cherche à comprendre la consistance de l’objet qu’il explore en le mettant en contact avec ses papilles gustatives et à ces capteurs de pression (situés dans sa gueule).

Dans ce genre de morsure, où la pression exercée par les mâchoires du requin est faible, la victime peut facilement agiter ou retirer son membre (intentionnellement ou par réflexe) ce qui occasionnera des blessures supplémentaires que l’on appelle secondaires.

 

Jean-Marc Rodelet
© Sharkschool Europe