Un requin! Vite, sortir de l'eau!

Un requin! Vite, sortir de l'eau!

Un requin s'approche de baigneurs sur une plage de Floride
Un requin tigre s’approche d’un baigneur près du bord en Floride

C’est quasi systématique: la plupart des baigneurs qui aperçoivent un requin veulent impérativement sortir de l’eau. Je peux le comprendre, mais jusqu’à un certain point. C’est fou ce que l’irrationnel peut prendre le dessus dans ce genre de situations.

Mais pourquoi, la présence d’un requin, même petit, parvient-elle à inhiber notre raisonnement?

Une des explications réside dans le fait que nous sommes conditionnés à avoir peur des requins. Dès notre plus jeune âge, nous sommes exposés à d’innombrables messages qui nous persuadent que les requins sont dangereux. Nous apprenons à craindre un animal qui, statistiquement parlant, est le superprédateur le moins “dangereux” de tous. Mais les statistiques ne peuvent pas grand-chose face à l’appréhension.

La peur provient de l’incapacité à comprendre une situation et surtout de ne pas savoir comment réagir. La seule façon de surmonter cette peur est de comprendre ce qui se passe lorsque nous sommes en présence d’un squale.

En tant que fondateurs du concept d’interaction homme-requin, nous sommes capables d’interpréter les situations avec les requins, de suivre leurs approches, de décoder leur langage et de nous adapter en conséquence. Mais comment expliquer que le grand public ne soit pas informé?

Une des raisons est que les médias désirent maintenir l’image du “monstre” et attiser la peur. Il suffit de se promener quelques minutes sur Internet pour comprendre que les médias se repaissent du mythe des “Dents de la mer”. Ils se délectent du spectacle de la peur et attisent les phobies au lieu d’informer et d’aider à comprendre. Les articles s’accumulent et noient la véritable information sous des couches successives de préjugés, de lieux communs et d’idées reçues. À force de lire des articles sur les requins, j’ai l’impression que les journalistes qui “écrivent” sur le sujet disposent d’un jeu de mots clés autour desquels ils s’amusent à broder.

Nous avons créé le concept d’interaction homme-requin en 1996 et il est vrai qu’un nombre incalculable de facteurs influencent une rencontre avec un squale. C’est pourquoi nous avons créé le modèle d’interaction ADORE-SANE : une boîte à outils qui permet à nos élèves d’observer et de comprendre rapidement les éléments principaux qui permettent de décoder une rencontre et de réagir de façon adéquate.

Si nous analysons les bases de données des accidents, il nous faudrait analyser plus de 4000 cas avant d’en trouver un seul où un baigneur, qui a vu un requin s’approcher de lui, s’est fait mordre.

Les requins sont les superprédateurs les moins dangereux sur notre planète. Il est plus qu’improbable qu’une rencontre avec un requin près des plages se solde par une morsure.

 

Jean-Marc Rodelet
© Sharkschool Europe