Une nouvelle étude veut prouver que le requin confond le surfeur avec un phoque.

SurfeurPhoque Lorsque l’on parle d’accidents avec des surfeurs, on fait référence, la plupart du temps, à l’erreur d’identification dans le chef du requin. En d’autres mots, l’analyse convenue est que le requin confond le surfeur avec un phoque ou une tortue car leurs silhouettes sont semblables.

Cette théorie prédomine depuis des années car d’une part et d’un point point de vue de l’homme, elle semble plausible et d’autre part, elle confirme l’idée communément admise que le requin est un animal primitif.

Cependant… Dans une perspective plus critique, la “cause apparente de l’accident” n’est qu’une solution de facilité…

Les requins sont tout sauf des machines à dévorer tout ce qui passe! Au contraire. Les squales sont des créatures intelligentes. Si l’on utilise les communs dénominateurs de l’intelligence comme l’apprentissage, la mémoire ou la capacité de réagir à des situations inconnues, les requins se placent très haut sur l’échelle. Si nous y ajoutons le ratio masse cerveau/corps, les requins peuvent être comparés à de nombreux mammifères.

L’évolution des requins s’est déroulée sur environ 400 millions d’années – les requins d’aujourd’hui sont à l’apothéose de ce développement. Tout au long de cette période, les requins ont cohabité avec de nombreuses espèces animales. Il est fortement improbable que les requins, en tant que groupe animal dominant dans l’environnement marin, aient pu se baser sur une stratégie de chasse fondée sur “l’erreur”. Si cela avait été le cas, ils se seraient éteints il y a bien longtemps et n’auraient représenté qu’un caprice de la nature.

De plus, les requins qui ont chassé les phoques depuis des millions d’années, connaissent parfaitement la forme, la couleur, l’odeur et les sons produits par ces animaux. Mis à part une éventuelle similarité des bruits produits par un surfeur assis sur sa planche, il n’y a aucune autre ressemblance possible.

La tendance qu’a l’homme à expliquer une situation de son propre point de vue (anthropocentrisme) peut être naturelle et compréhensible. Du point de vue de la biologie comportementale il en est autrement.

Nous, les humains, appréhendons avant tout notre environnement par la vue. Par conséquent, il est “normal” que nous expliquions une “attaque” sur un surfeur en utilisant ce sens avant tout.
Les requins, eux, possèdent beaucoup plus de sens qu’ils utilisent pour analyser une rencontre avec un surfeur. Ceci doit d’ailleurs être pris en considération dans n’importe quelle interprétation d’accidents avec les squales.

Les requins ne mordent pas par erreur! Et ils ne confondent pas les surfeurs ou les plongeurs avec des phoques ou des tortues. Un requin mord car il veut évaluer, comprendre un objet qui ne lui est pas familier. Il peut notamment le faire grâce aux capteurs de pression et de goût qu’il possède dans sa gueule.

La question suivante se pose: pourquoi, étant donné la situation mondiale, si peu de surfeurs se font mordre par des requins? Les surfeurs représentent un objet complètement nouveau pour un requin. A en croire la théorie de l’erreur d’identification, chaque rencontre devrait se solder par une morsure et les plages devraient être remplies de surfs avec des traces de morsures.

La réponse est que l’évolution a fait du requin le top prédateur des océans. L’inconnu est toujours potentiellement dangereux et implique certains risques, même pour le requin. S’approcher et mordre un objet inconnu est donc une exception à la règle.

Il est à noter également que l’analyse comparée des morsures de surf et des morsures infligées aux pinnipèdes par les requins qui les chassent, ne sont pas du tout similaires.

De plus, la grande majorité des morsures sur le surfeurs sont infligées par des requins pointe noire (Carcharinus melanopterus) et/ou des requins tisserand (Carcharinus Brevipinna).
Aucun de ces requins ne se nourrit de phoques, absents de leur environnement…

Sharkschool a publié un chapitre sur le sujet dans Encyclopedia of Animal Behavior, en 2004, déjà:                                                                             Ritter, E (2004) Sharks-Mistaken identity? In: Encyclopedia of Animal Behavior. M. Bekoff (ed). Greenwood Press, Westport, vol 3. pp: 963-964.

Nous continuons à réaliser des études très approfondies sur ce thème.